Investir pour ses enfants
Comment investir pour ses enfants dès leur plus jeune âge?
Mais c’est une très bonne question! C’est justement la question que je me suis posée à la naissance de mon fils.
La mauvaise réponse
J’achète un studio (par exemple en France) et lui donne la nu-propriété. Je l’achète à crédit sur 20 ans, et le rembourse en le louant avec un faible effort d’épargne. Puis après 20 ans je le vends, achète un appartement plus grand avec le capital, et je recommence. Dans le futur il aura un logement confortable dont il pourra disposer.
Pourquoi c’est une mauvaise réponse? Parce que l’on peut aboutir au même résultat avec la même épargne mensuelle mais:
avec beaucoup moins d’effort
avec moins de risque
sans se fermer de porte pour d’autres investissements
Enfin, quand on mélange plaisir et investissement on a souvent tendance à payer plus cher et donc à augmenter l’épargne mensuelle requise pour un même résultat.
La bonne réponse
Investis peu & régulièrement dans un ETF d’actions diversifiées, à bas coûts et à basse fiscalité.
Investis peu & régulièrement
On a tous envie de beaucoup donner à ses enfants.
Mais la clé de cet investissement très long terme, c’est la constance: commencer le plus tôt possible, et continuer sans interruption. Si tu contribues beaucoup et te restreins trop, tu risques d’arrêter.
Alors contribue chaque mois un montant que tu verras à peine passer sur ton compte: qu’il s’agisse de 100 euros / francs ou bien 1000, l’impact sur le très long terme est énorme.
Si tu contribues dès sa naissance et investis bien, à ses 40 ans il disposera en argent d’aujourd’hui d’environ:
150k - pour une contribution mensuelle de 100
et 1.5 millions - pour une contribution de 1000
Cela correspond à un rendement annuel net d’inflation / de frais / fiscalité moyen de 5% (9% - 2% d’inflation - 1% de frais - 1% de fiscalité).
Dans un ETF d’actions diversifiées
Investir dans des actions diversifiées, c’est très simple de le faire via un ETF. Le plus diversifié, c’est l’économie mondiale.
On manque d’historique sur le monde car les indices mondiaux n’existent que depuis une trentaine d’années, mais les indices américains (S&P 500 ou équivalent) qui eux existent depuis 150 ans montrent des rendements annuels bruts d’inflation en moyenne de 9-10% et des rendements nets d’inflation d’environ 7%. Ce qui est intéressant, c’est la relative stabilité sur de longues périodes: systématiquement entre 4 et 9% sur n’importe quelle période de 40 ans.
Attention: ne te restreins pas à l’Europe ou pire, la France ou la Suisse, car les rendements sont historiquement beaucoup plus bas. Les seuls trois choix rationnels sont: les US, tous les pays développés, ou le monde entier.
À bas coûts et à basse fiscalité
Alors dans quel ETF investir? Un ETF All-World (monde), World (pays développés uniquement) ou suivant le S&P 500 (US), dont le coût annuel (TER) est au maximum de 0.3%, et idéalement plus proche de 0.1%.
Choisis un seul ETF: tu ne te demandes pas dans quel ETF tu dois faire ton versement mensuel, tu ne te demandes pas si rééquilibrer ton portefeuille. Autant d’hésitations qui peuvent retarder ou servir d’excuse pour interrompre ton investissement. De plus, c’est moins cher car tu feras moins de transactions et auras donc moins de frais de transaction.
Restreins-toi à un ETF de type “accumulating”: tu n’as pas à faire d’opération manuelle pour réinvestir les gains comme tu devrais le faire avec un ETF “distributing”. Car si tu oublies ces opérations, ton rendement sera plus bas.
Mais quel ETF précisément? Cela dépendra de ceux disponibles dans les comptes à bas coûts et basse fiscalité:
À bas coûts: il faut viser un coût total de 1% maximum. Le coût total comprend le TER de l’ETF ci-dessus, et comprend aussi les coûts du compte d’investissement. Ce dernier peut comprendre des coûts d’entrée (un % du montant investi, une seule fois, amorti sur toute la durée de l’investissement), des coûts de transaction (un montant fixe à chaque opération d’achat ou vente), et enfin des frais de gestion annuels (un % du montant dans le portefeuille).
Il doit correspondre à grand maximum 0.6% annuels, et idéalement plutôt 0.1%.À basse fiscalité: il faut viser un coût fiscal de 1% maximum. Tu dois d’abord considérer la fiscalité sur tes gains (plus-values et/ou dividendes). Il peut aussi y avoir des impôts de succession / donation si tu investis pour ton enfant à ton nom, qu’il faut tâcher d’éviter. Tout cela dépend de ton endroit de résidence et du type de compte d’investissement.
La réponse concrète est donc différente selon le pays de résidence fiscale.
>> SUISSE: Comment investir pour ses enfants dès leur plus jeune âge
>> FRANCE: Comment investir pour ses enfants dès leur plus jeune âge
Pourquoi c’est mieux que l’appartement?
Déjà, il faut vraiment cumuler toutes les bonnes conditions pour espérer générer autant avec l’appartement. Pourquoi?
Un studio de 150kEUR avec un taux d’emprunt de 2% sur 20 ans demandera 809e de mensualités à financer intégralement.
Tu obtiendras un rendement net maximum de 4.5% (loyers - vacances des locataires - charges - impôts sur les revenus fonciers - taxes foncières - réparations). Cela correspond à un montant net initial de 562e, soit un effort d’épargne initial de 250e. Tu augmentes un peu le loyer avec l’inflation, alors suppose un effort d’épargne moyen de 200e sur la période.
Tu recommences la même chose après 20 ans et tu génères donc, si toutes les étoiles sont alignées, 300.000 nets d’inflation au bout de 40 ans avec 200e mensuels d’effort d’épargne.
Moins d’effort
Pour dénicher le bien parfait avec rendement net de 4.5%, il va falloir y passer du temps. Deux fois.
Puis négocier les prêts.
Puis éventuellement faire des travaux soi-même.
Puis trouver de bons locataires. Puis gérer les rotations. Les multiplier si tu loues en saisonnier pour augmenter le rendement.
Puis faire les déclarations d’impôts qui permettent de limiter les impôts sur le revenu foncier.
Puis faire les réparations.
Puis revendre les deux appartements à bon prix.
Au lieu de:
Ouvrir un compte et passer 1h une fois à configurer des opérations récurrentes
Selon le cas mais pas toujours, faire une opération annuelle de conversion de devises.
Selon le cas mais pas toujours, complexifier ses déclarations d’impôts à cause de nouveaux gains d’investissement.
Moins de risque
Avec un bien matériel, il y a toujours de l’imprévu, surtout sur 40 ans. Il y a rarement de bonnes surprises.
Des réparations, des changements fiscaux, un locataire qui ne paie pas, des limitations réglementaires sur les niveaux de loyer, tout cela peut diminuer la rentabilité.
Avec un investissement en actions diversifiées très long-terme, bien sûr il peut y avoir beaucoup de fluctuations sur le chemin, avec -50% d’une année à l’autre, mais historiquement, le rendement net d’inflation a systématiquement été entre 4 et 9% sur n’importe quelle période de 40 ans.
Sans se fermer de porte
Si tu prends un crédit pour l’appartement, tu augmentes ton endettement, et c’est autant d’endettement que tu ne pourras pas utiliser pour d’autres investissements potentiels (ou achat de résidence principale).
Et même si donner la nu-propriété d’un studio en France ne génère en général pas de frais de donation, tu consommes un abattement que tu ne pourras pas utiliser pour d’autres donations futures, ce qui risque de te créer des coûts additionnels.
Si tu es résident suisse, ce point ne s’applique en général pas à toi, sauf si tu veux léguer d’autres biens français.
La pratique
Pour savoir comment investir selon ton cas, regarde mes articles pratiques en fonction de ton pays de résidence:
>> SUISSE: Comment investir pour ses enfants dès leur plus jeune âge
>> FRANCE: Comment investir pour ses enfants dès leur plus jeune âge
À propos de l'auteur
Bonjour, tu peux m’appeler Margot.
Je suis française expatriée en Suisse. Cela fait 15 ans que j’investis.
Avec une fortune dans les petits millions, je n’aurai probablement jamais de family office, alors je dois continuer à garder les choses en main. Comment aller plus loin, faire fructifier mon patrimoine et le transmettre à mes enfants?
AskMargot est mon témoignage, celui d’un pair, pour aller plus loin en gestion de fortune.
Tu y trouveras du contenu unique, plus avancé que ce que l’on trouve sur des blogs d’investissement débutants ou dans les bilans patrimoniaux des gestionnaires de patrimoine français ou suisses.
N’hésite pas à me contacter si tu veux échanger entre pairs sur ta stratégie patrimoniale.